Club de lecture


Nos rencontres répondent à un besoin d’échanger sur des sujets existentiels, peu souvent abordés dans des conversations courantes. D’une façon plus ou moins formelle, nous cheminons par la voie de nos lectures vers une croissance humaine et spirituelle. Vous y trouverez des témoignages de lectures qui traitent de préoccupations humaines et spirituelles.

Marthe Babin, responsable du club





 Lecture du Club pour le mois de décembre 2011


ARNOLD, Simon Pierre. La foi sauvage, Bilan provisoire d'un théologien perplexe. Paris, édition Karthala, 2011. Deuxième partie : La foi en divergence.

Partage et réflexion


La 2e partie s’intitule: La foi en divergence. La lecture en est très captivante, mais demande un bon temps d’approfondissement. Le style est très poétique, les références à la danse, à la musique sont très fréquentes. Citons : « le geste sacramentaire danse donc le mystère de la liberté […] » (p. 176), « retourner à une Église qui danse », (p. 200); parlant du Triple concerto de Beethoven, il s’adresse au « Père violencelle », au « Fils violon », à l’« Esprit piano ». (p. 239) Au sujet de la poésie, il cite Giambattista Vico: « La poésie est l’activité primaire de l‘Esprit humain… » (p.158). Le E est vraiment en majuscule dans le texte.

Nous procédons par chapitre dans notre échange.

Chapitre 6 : L’affrontement éthique, mystique et ascétique


Simon Pierrre Arnold nous entraîne plus loin en nous présentant la foi comme « une attitude de rébellion ontologique » et la vocation de croyant sauvage comme « une résistance à contre-courant » (p. 127). Il s’agit d’inciter notre liberté à se mettre en route. Rien de moins que le martyre quotidien avec une ascèse exigeante et sans cesse renouvelée. La conscience joue un rôle prépondérant comme « fille de la liberté, de l’intelligence et de l’expérience » (p. 134). Il présente la chasteté comme humanisation de l’expérience sexuelle (p. 148).

L’auteur ne manque pas de souligner les changements dans la société et les nouvelles consciences collectives. Il note particulièrement que « la révolution féministe et son évolution dans la pensée du genre inaugurent un bouleversement des échelles de valeurs sans précédent dans l’histoire de l’humanité » (p. 144). Devant une société contemporaine, il souhaite « imaginer une ONU éthique » (p. 145). S’imposent donc les trois colonnes de la construction éthique : la consistance, la cohérence et la persévérance (p. 151).

Chapitre 7 : Liberté et Tradition


Ce chapitre nous apparaît central dans la compréhension de l’évolution de la foi. La Tradition n’est pas quelque chose de figé. L’auteur utilise une métaphore très significative tirée de ce qu’il voit :

« La Tradition ressemble à ce réseau de fleuves qui s’étirent au long et au large de la forêt amazonienne. Ils avancent, ils tournent, ils se perdent, ils se rejoignent l’un l’autre comme une trame infiniment complexe de veines et de nerfs, dans le corps de la forêt, jusqu’à se perdre, béants, avec toute l’argile arrachée à leurs milliers de kilomètres de rives, dans la mer obscure. […]
Ainsi ma foi: en elles, la Tradition charrie sans cesse les mille couleurs de ses terres arrachées à l’Histoire. Elle est, cette foi, recréation constante de courbes dans l’argile. Elle s’élargit, pansue de savoirs, d’intuitions et d’expériences relues. Elle se rétrécit soudain pour traverser les zones rocheuses des questions, des objections et des silences récalcitrants de la réalité. Où est sa vérité? Est-ce l’illusion d’un océan éternel orginaire, ou le mouvement aléatoire des fleuves qui s’y jettent? Fleuve jaune, fleuve bleu ou rouge: chaque cours apporte ses tons à la palette de la foi et celle-ci à la mer de la vérité. Ces couleurs se combinent, se juxtaposent, se mêlent, mais ne disparaissent jamais.

J’irai jusqu’aux confins de l’Asie pour cueillir ses fleuves jaune et bleu; j’irai au coeur de l’Afrique pour voir les Monts de Cristal d’où surgit le Nil multicolore et, dans la verte Amazonie, j’irai préparer les ocres dont ma foi a besoin pour être terre et eau tout à la fois.

Tout est Tradition, tout est mouvement qui mène vers le divin océan et en revient sans cesse. Je ne suis jamais que Tradition, reçue, transformée et livrée. » (p. 157-158)


L’exercice de la liberté demeure central, l’auteur va jusqu’à dire: « Mieux vaut risquer de tout perdre dans le geste de la liberté que de mourir à ne rien risquer. » (p. 156) Il affirme que « La Révélation est, en quelque sorte, un processus permanent » (p. 160) comparable au processus photographique dans l’obscurité d’un laboratoire. C’est la parabole de la nuit obscure de la foi, qui nous fait penser à Jean de la Croix et son poème de la nuit obscure.

À noter: « On oublie trop souvent […] que le Christ n’est pas chrétien, encore moins catholique et ne le sera jamais. Il est le Christ et c’est tout. » (p. 165)

Est merveilleuse la présentation de l’acceptation de Marie: « Le oui final de Marie, sans passer par la permission d’aucun homme selon la tradition est un acte de transgression, de liberté absolue, de confiance risquée. » (p. 177)

Chapitre 8 : L’Église, drame de la foi et de l’amour


« Une distinction s’impose entre les ecclésiologies ascendantes et les ecclésiologies descendantes; le néologisme ecclésiologie évoque la multiplicité des styles d’Église. (p. 183) Pour sa part, la foi sauvage se situe dans le courant d’une ecclésiologie ascendante, à partir du peuple de Dieu, dans la ligne de ce que propose Vatican II.» (p. 192)

Rester en tension entre une Église historique, le Royaume et le Monde. Les prophètes jouent un rôle important dans l’Église: « Quand les prophètes se taisent ou sont réduits au silence, c‘est l’Église elle-même qui se noie. » (p. 191)

Chapitre 9 : Histoire et christianisme, le martyre de la foi


Le christianisme est d’une grande exigence: toute son histoire a son fondement dans le martyre, le sang versé, à partir de la croix du Christ. « L’expérience pascale se réfère donc au lent et douloureux chemin d’enfantement intérieur. » (p. 206) Au creux de la spiritualité du martyre, nous sommes invités à « devenir les humbles accoucheurs et accoucheuses de la vie en plénitude. » (p. 218) Le martyre dont il est question, c’est celui de l’obéissance, celle de Jésus à son Père, tel que l’a souligné saint Paul. Il ne s’agit pas d’une soumission aveugle à une autorité, mais d’un accomplissement libre. « Le martyre, et son obéissance spécifique, est transgression. C’est pourquoi, sa rançon est la persécution ou la mort. » (p. 221)

Chapitre 10 : Repentir et discipline de l’autocritique


Ce chapitre débute par une proclamation étonnante, celle d’une nouvelle définition dogmatique: la faillibilité universelle. (p. 223) En ce sens, le repentir et l’autocritique « devraient être une condition permanente de la recherche spirituelle et du dialogue avec le différent. » (p. 224) La théologie n’est pas une représentation, mais une interprétation symbolique de la réalité, qui demeure partielle, provisoire et infiniment relative (p. 225). La foi n’est jamais acquise mais elle est « ce dépassement permanent de soi-même et du point que nous croyions humblement avoir saisi. » (p. 229)

L’éloge de l’humilité vient clore de façon remarquable cette 2e partie du livre: « Seule l’humilité nous sauvera, sous la forme modeste d’une Église infiniment minoritaire mais prophétique par son témoignage de vie radical et cohérent. C’est ce que j’attends d’elle avec impatience. » (p. 243)

Monique Dumais

Lecture pour le mois de janvier : ARNOLD, Simon Pierre. La foi sauvage, Bilan provisoire d'un théologien perplexe. Paris, édition Karthala, 2011. La troisième partie.




 Lecture du Club pour le mois de novembre 2011


ARNOLD, Simon-Pierre. La foi sauvage, Bilan provisoire d'un théologien perplexe. Paris, édition Karthala, 2011. La première partie : oser l'infini, 123 p.

Le temps salutaire des hérésies


Pour l’auteur, l’hérésie est le refus des définitions autorisées à la manière de Jésus venu bouleverser les coutumes juives de son temps. Ce combat, s’il n'existe pas nous nous éloignons de la vie en communion avec les autres, nous fermerons les portes à la diversité et risquerons d’emprisonner l’Esprit ou au moins de l’attrister, comme le dit St-Paul (1 Th. 5-19) page 4. En parlant du fondement de la mystique, la foi est d’abord au coeur d’une famille, d’une culture, d’une communauté. Elle est rencontre, surprise, crise existentielle. L’expérience mystique est le fondement de la théologie. Être témoin de ce que « nos yeux ont vu, nos mains ont touché … du Verbe de Vie » (1 Jn 1,1) page 28-29. Le temps salutaire de l’hérésie c’est parler de Dieu aujourd’hui.

Actualité de l’Apocalypse


Il est urgent de se réapproprier la symbolique apocalyptique. L’actualité de l’apocalyptique signifie révélation, ouverture. Elle est une vision de l’histoire. Ce qui est caché derrière et ce que nous traversons sont des appels à s’ouvrir aux dimensions du mystère. page 45-49. L’Esprit se cache dans la réalité avec ses limites. Il est à la fois silence, musique et unité dansante. Il s’agit d’accueillir les limites de nos langages pour entrer en dialogue. La réalité dit toujours quelque chose de Dieu. pages 49-50-53. La fidélité croyante n’est plus une simple conformité aux options et aux convictions jadis énoncées par nos discours, page 56. Croire c’est marcher sans arrêt, page 38, réapprendre à lire les « signes des temps » … la théologie des signes des temps. page 53.

Mystère du langage


La post-modernité du discours se présente comme une crise. C’est à partir de la mort des langages devenus stériles et de la création de nouveaux langages scientifiques que nous en verrons l’issue. Pour lui le temps que ces discours prennent le temps de mourir, c’est le temps du vide et de la latence des valeurs. p. 68. En parlant de théologies « émergentes » (féminisme, indiennes, autres ) il voit en elles cette revendication de différents lieux théologiques. Pour lui l’originalité du discours n’est plus dans une origine métaphysique à la verticale mais dans le dialogue des différents lieux d’où la parole émerge, p. 75. La sacralisation du discours est le mécanisme le plus subtil de la Parole divine, en ce sens que le langage théologique appelle la Révélation qui est toujours conditionnée par l’humain et l’histoire, p. 69. Le défi de la foi et de la mystique consiste à faire dialoguer la Parole divine et le discours humain dans le silence de l’Esprit. p. 67. Notre tradition est une école de résurrection du symbole. La raison d’être de la création c’est la fête. P. 73. Ce que nous célébrons ensemble n’est que danse sacrée de notre propre mystique. p. 83. Dans son sens originaire, la Parole est intrinsèquement religieuse. En effet elle cherche toujours à relier p. 62. Nous devons perdre le pouvoir du langage et le transformer au service des hommes et des femmes qui l’habitent. p.73-74

Je suis un originaire


Nous sommes tous des originaires. Il définit les païens « homme de la terre », du point de vue spirituel un païen est la gardien de la vie. p. 87. Quand Jésus donne à manger, il transgresse les règles du jeu religieux de la synagogue, il affirme que la foi païenne est plus grande que celle d’Israël. p. 89. La foi divine est celle de la communion à tous les niveaux de la réalité p. 91. La foi, comme histoire d’amour, comme alliance entre Dieu et ses « peuples » ne se joue pas dans les cultes et les dogmes. Son lieu mystérieux originaire, c’est l’Esprit p. 10. Arnold prend la religion andine comme prototype exemplaire pour inviter les chrétiens et même les nons chrétiens aux changements de paradigme, vers une pensée cosmologique profondément humaine comme le Christ a vécu. p. 96. Cette mystique est tout entière centrée sur la transcendance. P. 94. Le Christ andine se rapproche plus du Christ cosmique. « Épitres Col. Et Éph. » et d’un Christ à la Teilhard de Chardin. p. 97. Nous mettre à l’écoute de l’Esprit qui gémit, parle et chante dans cette nouvelle culture post-modernité. p. 106.

Oecuménisme mystique


Sur la plage mystique nous nous retrouvons tous dans la nudité de Dieu. Que reste-il donc sinon l’amour. p.108. Il insiste sur la réalisation du Royaume par la réalisation de « l’être » plutôt que du « faire »… Pour lui, le juste ce sont ces hommes et ces femmes silencieux et simplement cohérents. C’est ce qui soutient le monde . p. 112. Ce chemin d’humilité est celui des Béatitudes. p. 113. En parlant de l’athéisme, l’auteur nous dit que Jésus n’a pas pensé inaugurer une nouvelle religion. Ce sont les disciples qui se sont organisés religieusement. Il préférait, au temple officiel, les lieux marginaux de la religion populaire ( Jn 5, 1 et ss ) p. 120. Il prenait ses distances vis-à-vis du culte et de la loi, p. 121. L’essence de l’expérience contemplative est un processus dont l’objectif est bien plus la conversion du priant que la rencontre extraordinaire du divin. Et il cite St-Benoît « Qui que tu sois » « quoi que tu décides » incline l’oreille de ton cœur. p. 122-123.
Jeannine Deroy

Lecture pour le mois de décembre : ARNOLD, Simon-Pierre. La foi sauvage, Bilan provisoire d'un théologien perplexe. Paris, édition Karthala, 2011. La deuxième partie : La foi en divergence, chapitres 6 à 10, les pages 125 à 243.




 Lecture du Club pour le mois d'octobre 2011


SAINT-ARNAUD, Jean-Guy. Emmaüs aller-retour, Repères pour l’accompagnement spirituel. Médiaspaul, 2011, 199 p.

Jean-Guy Saint-Arnaud, jésuite, est détenteur d’un doctorat en sciences religieuses de l’Université de Strasbourg. Il a enseigné la philosophie et les sciences religieuses avant de consacrer 25 ans de sa vie à la formation et à l’animation spirituelle. Il a publié : Aux frontières de la foi (2007), Marche en ma présence (2006), Où veux-tu m’emporter, Seigneur? (2002), Quitte ton pays (2001).

Formé de huit carnets, ce livre, par son écriture stimulante et par sa structure, aux thèmes clairement définis, nous a plu. Jean-Guy Saint-Arnaud apporte une interprétation éclairante du récit des disciples d’Emmaüs de l’évangéliste Luc.

Il nous a semblé que l’auteur ait réussi à atteindre l’objectif qu’il s’était fixé en écrivant son livre, à savoir : « interroger le récit des disciples d’Emmaüs, pour y découvrir des repères susceptibles d’éclairer et d’aider le travail de l’accompagnement spirituel » (p.7). Pour un seul des participants, l’auteur n’y est pas parvenu tout à fait.

C’est avec infiniment de sensibilité, d’attention et de précision, que l’auteur décortique les étapes du travail de l’accompagnement spirituel, comme elles lui apparaissent, dans l’analyse qu’il fait du récit des disciples d’Emmaüs.
Le 4e carnet « Jésus écoute, les disciples parlent » a particulièrement rejoint l’ensemble des participants. Pour d’autres participants, c’est le 6e carnet  « la rencontre du ressuscité » qui les a le plus inspirés.

Toutes les étapes du travail de l’accompagnement spirituel sont développées une à une en lien constant avec le récit. L’auteur parvient à nous faire saisir la pédagogie de Jésus inscrite dans ses attitudes, ses gestes et ses paroles. Car, c’est Jésus ressuscité qui initie toutes les étapes nécessaires à la véritable rencontre : d’abord, il se fait étranger et marcheur auprès des disciples; il les écoute, puis, il parle et enseigne. Finalement, il se révèle au moment du partage du pain.

Voici quelques propos qui ont nourri nos échanges :

Lecture pour le mois de novembre : ARNOLD, Simon-Pierre. La foi sauvage, Bilan provisoire d'un théologien perplexe. Ed. Karthala, 2011. Paris, 369 p. (Lecture de la première partie seulement, 124 p.)

Gisèle Bourque
Éric Dugas, collaborateur




 Lecture du Club pour le mois de septembre 2011


HILLESUM, Etty. Une vie bouleversée. Journal 1941-1943, suivi de Lettres de Westerbork, Paris, Éditions du Seuil (Points, 95), 1995.

La lecture du journal et des lettres de Etty Hillesum, jeune femme au cheminement spirituel exceptionnel, nous a toutes et tous touchés profondément. Le groupe convient que ce livre est le plus marquant, comme expérience spirituelle, des 3 années de vie du Club. Quelques membres avouent avoir été habités tout l'été par cette lecture, au point d'en rêver, d'en rêver la nuit bien entendu ! C'est une croissance vécue à travers les souffrances et les atrocités de la dernière guerre mondiale où Etty Hillesum vit une transformation, une métamorphose en s'ouvrant à la présence spirituelle en elle.

Tout d'abord, dans une quête d'absolu, la jeune femme a recours aux services d'un psychothérapeute allemand qui la conduit à un bouleversement intérieur. Par l'écriture et, fortement influencée par la lecture de Rainer Maria Rilke, Lettres à un jeune poète, la lecture de sa petite Bible et du Livre des heures, elle s'investit « d'une mission quasi divine » où le sens de l'existence, le sens de la mort et son accomplissement surpassent la haine envers ceux qui collaborent à la destruction du peuple juif. « ... L'absence de la haine n'implique pas nécessairement l'absence d'une élémentaire indignation morale. » (p. 270). Sans religion, nous dit-elle, elle trouve au plus profond de son être une révélation qui la dépasse. Cette découverte intérieure sans nom, elle dit choisir de l'appeler Dieu, influence de la société juive dans laquelle elle est éduquée. « Il y a en moi un puits très profond. Dans ce puits, il y a Dieu. Parfois je parviens à l'atteindre. Mais plus souvent, des pierres et des gravats obstruent ce puits, et Dieu est enseveli. Alors il faut le remettre à jour. » (p. 55). Elle invoque Dieu : « Et si Dieu cesse de m'aider, ce sera à moi d'aider Dieu. » (p. 169)

L'engagement de Etty nous rappelle l'engagement des moines de Tibhirine. Elle choisit de demeurer avec ceux qui comme elle aboutiront à Auschwitz. À ses indigestions et ses maux d'estomac, elle dit : « C'est évidemment à mettre en relation avec une forte aspiration à l'ascèse, à une vie monacale faite de pain de seigle, d'eau claire et de fruits. » (p. 74). Comme les moines, elle suit sa mission : « Mon Dieu, prenez-moi par la main, je vous suivrai bravement (... ) Je vous suivrai partout et je tâcherai de ne pas avoir peur. Où que je sois j'essaierai d'irradier un peu d'amour, de ce véritable amour du prochain qui est en moi. » (p. 78)

Au moment de grandes souffrances, elle écrit : « Il faut oublier des mots comme Dieu, la Mort, la Souffrance, l'Éternité. Il faut devenir aussi simple et aussi muet que le blé qui pousse ou la pluie qui tombe. Il faut se contenter d'être. » (p. 166). Dans l'espoir de publier, elle écrit dans son journal : « Un jour, si je survis à tout cela, j'écrirai sur cette époque de petites histoires qui seront comme de délicates touches de pinceau sur un grand fond de silence qui signifiera Dieu, la Vie, la Mort, la Souffrance et l'Éternité. » (p. 167)

Dois-je avouer ma difficulté à résumer le partage de cette lecture ? C'est par des mots, des citations qui surgissent de nos méditations estivales que chacune et chacun s'exprime à la fin de la rencontre :

- Elle veut être le coeur pensant de la baraque, elle est très loin dans le meilleur de soi.

- Les effets sur nous tous sont des effets d'un heureux désordre, d'une métamorphose. C'est rare les livres qui ont un effet aussi bénéfique.

- C'est une femme aux convictions passionnées, elle s'est laissée approcher. Dans une lettre elle cite ce qu'elle a noté dans son journal : « Toi qui m'a tant enrichie, mon Dieu, permets-moi aussi de donner à pleines mains. Ma vie s'est muée en un dialogue ininterrompu avec Toi, mon Dieu, un long dialogue. Quand je me tiens dans un coin du camp, les pieds plantés dans la terre, les yeux levés vers ton ciel, j'ai parfois le visage inondé de larmes – unique exutoire de mon émotion intérieure et de ma gratitude (...) ma vie est une succession de miracles intérieurs. » (p. 316-317)

- Femme hors du commun ! Je vais revenir à cette lecture. Un niveau de conscience que personne n'atteint. On oublie ça au quotidien.

- C'est l'écoute de l'espace intérieur au plus profond de l'être que cette femme inspire, l'amour si grand de Dieu qu'il déborde sur les autres comme seule raison de vivre. Trouver la vie belle dans l'horreur de la Shoah ? Ça bouleverse ! Pouvons-nous aspirer à un amour aussi grand dans le confort de notre société ? Cette lecture dérange et questionne.

Nous suggérons une autre lecture à ceux qui veulent connaître Etty Hillesum, cette femme d'exception qui nous dit que seul l'amour peut contrer le mal :
PLESHOYANO, Alexandra. J'avais encore mille choses à te demander. L'univers intérieur d'Etty Hillesum, Novalis/Bayard 2009, 25,95$.

Lecture pour le mois d'octobre 2011 : SAINT-ARNAUD, Jean-Guy.. Emmaüs Aller-Retour, repères pour l'accompagnement spirituel, Médiaspaul 2011, 197 pages, 19,95$.

Lecture à long terme : ARNOLD, Simon-Pierre. La foi sauvage, Bilan provisoire d'un théologien perplexe, Paris, Éditions Karthala 2011.

Marthe Babin



 Lecture du Club pour le mois de mai 2011


AOUN, Sami. Le retour turbulent de Dieu. Politique, religion et laïcité, Montréal, Médiaspaul, 2011, 92 p.

Le titre de ce livre avait de quoi susciter notre intérêt face aux questions actuelles de notre monde. « Plusieurs décennies de laïcité n’ont pas réussi à évacuer la religion de la réalité sociale, culturelle et politique dans les démocraties occidentales. Il y a à la fois un retour et un recours à la religion dans le domaine politique. » (p. 9)

Cependant, il a fallu prendre notre courage à deux mains et avec nos deux yeux pour poursuivre la lecture. L’ouvrage est touffu, avec une pensée en spirale, véhiculant de nombreux concepts, sous une forme très bien documentée. C’est une analyse géopolitique concernant les religions dans notre monde contemporain; Sami Aoun est un expert dans le domaine et possède une bonne capacité de vulgarisation. Il nous fournit statistiques éloquentes: entre autres, « dans plus de 70 pays, plus de 82 % des habitants répondent par l’affirmative » (p. 11) à la question sur la place importante de la religion dans leur vie.

Tout d’abord, le parcours à travers les différents courants et tendances parfois contradictoires de l’Islam est très utile pour ne pas généraliser. Sami Aoun affirme: « Ainsi, en Islam, on ne peut trouver une seule culture musulmane, mais plusieurs!... Même les textes religieux fondateurs ainsi que la tradition tolèrent différentes interprétations » (p. 38). La question de la laïcité qui s’appuie sur les droits de l’homme s’avère complexe pour le monde musulman: d’une part, « sur le plan culturel, on peut affirmer que la culture des droits de l’homme n’est pas devenue une priorité pour la société arabe et musulmane » (p. 36); d’autre part, « une (cette] vision islamique des droits de l’homme est bien inscrite dans l’allégeance totale à Dieu » (p. 41). Il est à noter que « la tolérance envers des interprétations critiques des textes religieux est toutefois mince dans les États musulmans [...] » (p. 57).

Ensuite, l’auteur accorde un rôle important à la religion qu'il présente « comme un outil de restructuration du cadre politique et social » (p. 70). Il voit « le fait religieux [comme] vecteur de changement et nouveau prisme d’analyse » (p. 70). L’internationalisation et la mondialisation ont fait connaître de nouveaux joueurs comme Israël, l’Iran et l’Arabie saoudite et ont déclenché des prises de conscience identitaires religieuses. Le fondamentalisme américain est aussi de la partie.

Finalement, Sami Aoun propose le dialogue comme solution. Il constate que « le dialogue interreligieux s’est imposé sur la scène mondiale comme nécessaire à la paix mondiale » (p. 102). Hans Küng l’avait énoncé dans Projet d’éthique planétaire: La paix mondiale par la paix entre les religions (1991). « Pas de paix mondiale sans paix religieuse... et pas de paix religieuse sans dialogue entre les religions ». Que vient faire la laïcité dans ce contexte? Elle « serait un antidote aux effets pervers, contre l’instrumentalisation politique et autoritaire de la religion. Aussi la laïcité pourrait-elle être un garde-fou pour éviter la dérive de la religion vers le fanatisme » (p. 118). La Charte des droits de l’homme, même si elle est issue de la culture occidentale, demeure une base importante pour toute forme d’échange international.

En tout dernier lieu, l’auteur fait connaître la recherche d’une solution québécoise. C’est ici qu’émergent la question des accommodements raisonnables, la distinction à établir entre multicultarisme et interculturalisme, la sorte de laïcité en cause. De fait, la laïcité a plusieurs facettes : laïcité ouverte telle que proposée par le rapport Bouchard-Taylor, Micheline Milot, ou laïcité inclusive selon Jean Baubérot? Notons que « le concept de laïcité ouverte peut être viable s’il est garanti par le droit et des valeurs communes » (p. 133). Jean Baubérot, défenseur de la laïcité ouverte, « pense que la laïcité doit allier ouverture et vigilance et préfère la notion de laïcité inclusive, c’est-à-dire une laïcité qui a pour rôle de former le lien social et ne sera pas happée par les discours religieux » (p. 134). Pour tout dire, la laïcité au Québec n’est pas la laïcité à la française, qui ferme la porte à tout recours religieux. Le cours Éthique et culture religieuse dans les écoles est présenté comme « une audace québécoise» (p. 153), une formule tout à fait originale qui n’est pas sans susciter la controverse.

En somme, le livre de Sami Aoun montre que la politique, la religion et la laïcité sont des lieux de débats et constituent des enjeux importants dans un Québec qui cherche le vivre-ensemble de façon harmonieuse. Jusqu’où aller pour tolérer l’intolérant? Il est « un appel à considérer la possibilité de vivre sa foi religieuse au sein de la modernité politique. » (p. 173)

Note de la secrétaire : En ce 18 juin 2011, je remarque dans l’actualité deux faits qui concernent la religion. Premièrement, en Arabie saoudite, ce sont des autorités religieuses, les wahhabites, qui empêchent les femmes de conduire une automobile. Deuxièmement, de magnifiques funérailles religieuses sont célébrées pour un grand artiste québécois, Claude Léveillée, en la basilique Notre-Dame à Montréal. Qui a dit que la religion est disparue?

Lecture pour la période estivale : HILLESUM, Etty. Une vie bouleversée. Journal 1941-1943, suivi de Lettres de Westerbork, Paris, Éditions du Seuil (Points, 95), 1995.

Monique Dumais



 Lecture du Club pour le mois d'avril 2011


GRAND'MAISON, Jacques. Société laïque et christianisme, Novalis, 2010, 182 p.

L'auteur propose une réflexion personnelle articulée autour des relations entre la société laïque et le christianisme, plus particulièrement au Québec. Il insiste pour démontrer que des racines profondes de la laïcité proviennent de la tradition chrétienne catholique et que la laïcité est la nouvelle réalité. Fondamentalement optimiste, Grand'Maison constate que face à des échéances planétaires et environnementales, il y a nécessité d'une action basée sur des valeurs fortes et un nouvel humanisme, auquel le christianisme a beaucoup à apporter.

Une personne a apprécié le sens critique de l'auteur et sa capacité à jouer « sur les deux côtés d'une balance afin de chercher l'équilibre », relevant des attitudes négatives et positives dans notre société. Elle mentionne l'importance d'aller à la source de l'Évangile, voir l'action de l'Esprit et construire l'Église à partir du bas. Voici une des phrases qu'elle a relevée: « Avant d'être consigné dans les temples, dans les écoles, dans des écrits, l'Évangile a d'abord été proclamé sur les routes, au hasard des rencontres de la vie... » (Grand'Maison, p. 158)

Une autre personne expliqua que cette lecture a nourri son intérêt et ses réflexions. Parmi les thèmes qui l'ont intéressée, retenons la « primauté de l'être humain », au-delà de ses différences, et le « socle commun » de ses expériences. Ce qui semble l'interpeller le plus est la critique que Grand'Maison fait de l'institution catholique lorsqu'elle brime la liberté, la créativité et prétend à l'infaillibilité. Entre autres citations, elle rapporte cette dernière : « ... plusieurs changements heureux et féconds survenus dans l'histoire de l'Église catholique ont commencé par une désobéissance... le meilleur du concile Vatican II est venu d'une dérogation... » (Grand'Maison, p. 132-133)

Une troisième personne souligne l'humilité et le courage de Grand'Maison dans ses propos sur l'Église catholique. Elle aussi n'approuve pas le repli des catholiques ni leur fermeture à l'idée que d'autres qu'eux soient porteurs de vérité. Elle explique que beaucoup ont quitté l'Église à cause de son insistance sur des éléments négatifs et, dans cet ordre d'idée, relevons cette phrase qui l'a marquée, tout comme d'autres membres du club : « La messe, me disait une jeune femme, c'est un peu comme si vous m'invitiez à un repas, à la condition que je ne dise pas un mot... » (Grand'Maison, p. 154)

Une quatrième personne voit dans le christianisme une religion qui doit s'incarner. Elle considère l'importance de la transmission des valeurs et le fait que celles-ci ont des racines évangéliques. Elle souligne avec optimisme des exemples, dans le monde laïque, où des valeurs évangéliques sont à l'œuvre, y compris dans la direction de certaines entreprises. Les derniers passages de l'épilogue du livre sont particulièrement importants pour elle. Il y est question de l'importance, pour le laïcisme, de se fonder sur des valeurs fortes et un nouvel humanisme ainsi que d'un appel à ce que chacun combine engagement et intériorité. Voici une des citations qu'elle a relevée : « Il me semble que le christianisme bien compris est d'abord d'esprit laïque. Il peut normalement très bien s'inscrire dans la laïcité et le nouvel humanisme en gestation. » (Grand'Maison, p. 18)

Une cinquième personne a apprécié plusieurs aspects de l'ouvrage, particulièrement les diverses formes de références aux valeurs. Elle est craintive à l'idée qu'un christianisme misant principalement sur la laïcité et l'innovation perde ses repères quant à la foi et la relation à la transcendance. À cela, les autres réagissent avec un vision optimiste en présentant des situations concrètes où le contact à la transcendance est vécu par divers chemins.

Lecture pour le mois de mai : AOUN, Sami. Retour turbulent de Dieu (Le), Politique, religion, laïcité, Médiaspaul, 2011, 192 p.

Lecture à long terme : HILLESUM, Etty. Une vie bouleversée – Journal 1941-1943. Le Seuil, 1985, Collection Points #P59, 360 p., 15.95$

Éric Dugas
secrétaire



 Lecture du Club pour le mois de mars 2011


DIONNE, Cécile. Oser la rencontre foi et psychanalyse, Médiaspaul, 2011, 150 pages, 16.95$

Cécile Dionne est psychothérapeute psychanalytique et directrice de l'Institut de psychothérapie du Québec, où elle œuvre aussi comme thérapeute et formatrice.

La lecture de ce livre a été appréciée de tout le monde. La présentation des thèmes développés est bien faite. L'auteure utilise toujours un langage clair et précis. Le développement de ses idées en petits chapitres rend la lecture fluide.

L'objectif que se fixe l'auteure est de démontrer qu'une alliance est possible entre la psychothérapie analytique et la foi. Car, comme elle le mentionne en page 7, les deux démarches s'inscrivent dans une expérience relationnelle basée sur la foi en l'autre, expérience plus ou moins communicable, plus ou moins transmissible.

Sa démonstration repose non seulement sur son expertise de psychothérapeute analytique, mais aussi sur son expérience personnelle en tant que religieuse.

Oser la rencontre est un livre qui a sûrement demandé à son auteure un grand travail de discernement et de synthèse. Ce livre pourrait donner le goût à certaines personnes de vivre une psychanalyse. D'autres personnes pourront y trouver une réflexion profonde sur la relation basée sur la confiance, sur la relation tissée à travers la parole entendue et prononcée, sur une relation enracinée dans une parole interprétée.

Ce livre peut nous amener à découvrir les signes de présence de Dieu dans notre vie. L'auteure fait beaucoup de références à la Bible. L'aspect le plus intéressant du livre est de pouvoir suivre son cheminement spirituel en lien direct avec son expérience de psychothérapeute analytique.

Voici quelques pensées retenues :

Nous sommes essentiellement des êtres de relation, et sans l'établissement en vérité de cette première relation avec nous-mêmes, nous demeurons des handicapés en ce domaine. Car nous entrons en relation avec les autres sous le même mode relationnel que celui que nous entretenons avec nous-mêmes. De là le réalisme de Jésus : aime ton prochain comme toi-même. (Luc 10, 27) p. 35

Si la psychothérapie analytique ne conduit pas nécessairement à cette Révélation, il me semble qu'en frayant un chemin vers les profondeurs de l'être, elle peut devenir l'occasion d'une rencontre fortuite avec l'Étranger qui voyage depuis toujours sur les routes humaines. p.69

Comme la parole est au cœur de la révélation de l'être dans l'expérience analytique, c'est aussi le Verbe qui devient l'espace ultime de la Révélation dans l'expérience spirituelle chrétienne. p.100

Au terme de l'établissement de ce parallèle entre psychothérapie et foi, il est fascinant de découvrir que les deux avenues acheminent vers la profondeur de l'être et mettent en contact avec la soif d'absolu qui le caractérise. Toutes deux développent « l'intuition du dedans ». p.109

Je suis un petit rien, écrivait Marie de l'Incarnation, mais un petit rien bien-aimé. p.123

Aller au bout de sa vérité, en devenant totalement lui-même, et réussir cette synthèse extrême qui consiste à conjuguer en lui le fini et l'infini... p.149

Il nous reste à découvrir à chaque instant la parcelle d'éternité qui se trouve en chacun, même si parfois elle est très bien cachée. (Danielle Quinodoz, Vieillir, une découverte). p.150

Gisèle Bourque



Lecture à long terme

KÜNG, Hans. Faire confiance à la vie, Édition du Seuil, 2010, 338 p.

Hans Küng est un théologien catholique rebelle, connu et lu dans le monde entier. Auteur de nombreux livres, il a toujours lutté avec une constance inflexible pour « l'ouverture » de l'Église catholique et pour le dialogue et la paix entre les religions.

Ce livre constitue une réflexion globale sur l'humanité. Hans Küng y aborde tous les grands thèmes de la réflexion humaine : la confiance en la vie, la joie de vivre, le chemin de la vie, le sens de la vie, le pourquoi vivre, la souffrance, l'art de vivre etc... Hans Küng survole les grandes religions avec chacune leur vision du monde. Il espère une unification des églises et une paix des religions. Il est un ardent défenseur d'une éthique planétaire. Dans son esprit, la confiance rejoint la foi.

Gisèle Bourque



Choix de lecture pour le mois d'avril :

GRAND'MAISON, Jacques. Société laïque et christianisme, Édition Novalis, 2010, 184 p., 24.95$.

Lecture à long terme :

BOBIN, Christian. Le Très-Bas, Gallimard, 1992, 132 p.




 Lecture du Club pour le mois de février 2011

SINGER, Christine. Derniers fragments d'un long voyage, Paris, Albin Michel, 2007.

Débuter si possible une lecture à long terme :
KUNG, Hans. Faire confiance à la vie, Paris, Seuil, 2010.


Commençons par une brève présentation du livre...

Christiane Singer, écrivaine et philosophe de réputation internationale, passe les six derniers mois de sa vie aux prises avec un cancer incurable. De la maison, à l'hôpital, au centre de soins palliatifs, elle tient un genre de journal de bord, qu'elle écrit par petits bouts, par fragments, relatant son expérience au jour le jour. Cet écrit sera, à sa demande d'ailleurs, publié après sa mort survenue en 2007.

Le livre n'a laissé personne du groupe indifférent(e). Chez chacun(e), il faisait appel à une expérience personnelle d'une relation vécue avec quelqu'un arrivé(e) au passage vers la mort : qui avec sa mère, qui avec une amie, qui avec une personne connue dans le cadre du travail. Ça a brassé des souvenirs !

Cet écrit nous a interpelé(e)s de différentes façons, que ce soit au plan intellectuel, spirituel ou émotionnel.

Au plan intellectuel, disons que cet ouvrage, à la fine qualité d'écriture, peut paraître comme un rapport de laboratoire, un rapport expérienciel voulant léguer quelque chose... Il utilise une approche totalement différente de ce que la société nous propose d'habitude : une approche d'abord et surtout centrée sur le vivre, et non sur le mourir.

Au plan spirituel, l'auteure témoigne tout au long du livre d'une foi chrétienne, teintée toutefois d'une sensibilité à toutes ces religions que j'ai tant aimé honorer, et qui me l'ont si généreusement rendu (page 93), notamment le boudhisme. Elle relate une véritable expérience mystique lors d'une Eucharistie (pages 99-100). Elle aborde l'euthanasie, l'Église et la spiritualité, la vie de couple. C'est finalement à travers cette foi que Christiane Singer trouve un sens ultime à sa propre mort..

Mais là où nous avons été toutes et tous rejoint(e)s, c'est que ce livre est pétant de vie jusqu'au bout. Il n'y a pas de mort dans cet écrit : que de la vie ! Une vie qui se dilate au fur et à mesure que la maladie progresse; une vie qui se contracte aussi, pour vivre en pleine conscience, sans distraction futile. C'est un livre chargé d'espérance, de sérénité, de paix, de pardon. Tout devient vie, de la visite d'un proche au soulagement d'une douleur, à une marche de quelques pas dans le corridor. Il n'y a plus de place pour les mesquineries de naguère, pour les peines passées, pour les orgueils dérisoires... Plus de prison : que la liberté d'une pleine conscience, celle de vivre et d'aimer...

Ce livre nous rend bien humble face à ce qu'on appelle l'accompagnement au mourant... Il nous rappelle de rester centré sur la personne et son projet de vie à elle, projet semblant se raccourcir à mesure que les capacités diminuent, mais qui demeure central et total. Tout au plus être des accompagnateurs (à côté) et non des guides (en avant)... Demeurer presque invisible, discret, vivant.

La mort nous rejoignant au plus intime de nous-mêmes, cette rencontre fut intime elle aussi. Des souvenirs émouvants montèrent... Nous nous sentions privilégié(e)s d'y participer. Le témoignage de Christiane Singer nous a amené(e)s à une conscience joyeuse de notre foi et de notre espérance...

L'expression de la finale fut celle-ci : Que ça fait du bien !

Merci, Christiane Singer !!!

Mathieu Martin, pour l'équipe

Prochaine rencontre : le 5 avril 2011 à 13h30 au local de RESPIR.


 Lecture du Club pour le mois de décembre 2010

LAMONTAGNE, Marie-Andrée. Noël d'écrivains, Médiaspaul, 2010, 296 pages, 22.95$.

C'est d'abord par la qualité de la présentation que l'auteure Marie-Andrée Lamontagne nous séduit. L'admirable synthèse des textes retenus et la présentation de leurs auteurs et auteures nous préparent à plonger dans un extrait de roman, de conte, de nouvelle ou de poésie en lien avec Noël. Ce livre magnifique a comblé nos temps de lecture au cours de la période des Fêtes.

Faits de civilisation tout autant que fête chrétienne, Noël a fourni à la littérature un riche matériau , écrit-on à l'endos du bouquin. Marie-Andrée Lamontagne nous en livre une quarantaine d'extraits. Les participantes à notre rencontre de décembre s'expriment de la façon suivante:

  • Quel plaisir j'ai eu à découvrir des textes d'auteurs, d'auteures connus pour la plupart; il y en avait cependant quelques nouveaux comme Selma Lagerlöf, Antonio Lobo Antunes, Eudora Welty.
  • Ça permis de réfléchir sur le sens de Noël et d'aimer ce qu'il est pour moi.
  • ...des Noël que j'ai appréciés tout particulièrement: le Noël ancien de Colette, celui de Rainer Maria Rilke, celui de Guy de Maupassant, celui de Saramago pour sa façon de raconter la naissance de Jésus, celui de Michel Déon avec Coco Chanel et la sortie d'une messe de minuit à Saint-Sulpice. Quel partage!
  • Une autre touchée par Le dîner de Babette de Karen Blixen lui fait dire: Ce Noël me confirme combien se rassembler autour d'une table pour le repas, facilite le partage et où souvent les personnes peuvent devenir elles-mêmes.
  • Et, au sujet du Conte de Noël de François Mauriac : L'histoire d'un enfant de 7 ans en attente fébrile du Mystère de Noël m'a vraiment émue, « ...dors mon petit enfant... maman je voudrais le voir... », Ce conte  touche l'enfant en soi et le Divin qui nous habite.
  • Noëls d'écrivains de Marie-Andrée Lamontagne est un cadeau de Noël à offrir. Je l'ai offert, et l'amie m'a dit le plaisir qu'elle a eu à le lire.
  • Il est inscrit sur ma liste de cadeaux à offrir pour l'an prochain.
Pas facile de livrer les émotions vécues à travers la lecture qui nous ramène à l'enfance et aux mystères de la Nativité. La part des rêves reste mystérieuse. Nous avons abordé autant le coté profane que l'aspect religieux de la Fête de Noël. Les échanges sur ces lectures ont fait remonter des souvenirs d'enfance que la maturité et les cheveux gris ne peuvent heureusement effacer. Des souvenirs, des découvertes, de la spiritualité… un partage fort agréable où chacune exprime à la fin le plaisir d'échanger en groupe.

Marthe Babin


 Lecture du Club pour le mois de novembre 2010

D'ORMESSON, Jean. C'est une chose étrange à la fin que le monde, Robert Laffont, 2010, 314 pages.

L'histoire du monde est un roman! C'est sous cette forme que Jean d'Ormesson jette une regard sur l'histoire de l'univers. Les découvertes en astronomie, les écrits philosophiques et toutes les sciences cherchent le secret de la Création, son fonctionnement et un sens à donner à notre existence. Mais, tout cet univers et ses parties que l'homme découvre sont déjà dans la création. « La réalité est toujours là. Et elle n'est rien d'autre que mon rêve toujours inexpliqué » p.97, dit Le Vieux sous la plume du romancier. « L'univers tout entier, avec ce qu'il contient, est un roman fabuleux » p.166.

C'est à travers tous les personnages de l'histoire et les découvertes de notre univers, la révision des sciences passées et encore inexpliquées, que le personnage Invisible apporte sa réplique avec humour. Le Tout Puissant seul a le secret de la vie ici-bas! L'homme peut se rassoir! Ce qui fait dire au Vieux avec humour: « Ah! les malins! Comme ils savent mettre en science la pièce que j'ai écrite! » L'histoire de l'univers, du monde dans son ensemble, est un roman inachevé...

L'auteur questionne d'où nous venons et où nous allons. Un livre qui confronte nos connaissances et croyances et l'existence de Dieu. Darwin dit: « Au moment où l'homme découvre l'humanité de ses origines, l'orgueil l'envahit: la théorie de l'évolution a rendu Dieu superflu ». Ici, le Vieux réplique. Un livre facile à lire si nous faisons abstraction des quelques noms qui nous retournent au dictionnaire ou à Wikipédia... Le plaisir de la lecture et de la réflexion profonde suscitent la glorification de notre monde et de ses inconnus et au dessus de tout Le Maître de l'énigme.

Et puis, les deux grandes questions que toute personne se pose un jour: Dieu existe-t-il? Qu'y a-t-il après la mort?, p.211, sont au centre d'une réflexion profonde livrée dans ce roman. Une lecture agréable qui ne peut que stimuler l'émerveillement et la foi!

Marthe Babin



Dès le point de départ, toutes sont enchantées par ce livre et reconnaissent qu'il nous offre un panorama merveilleux du développement de l'univers et de l'humanité en particulier. Comprendre, c'est remonter aux origines.

Dans un style pur, Jean d'Ormesson, un académicien à l'écriture si agréable et aux propos si fortement documentés, ouvre la voie pour un cheminement à la fois plein d'humour et de sérieux. L'auteur ne désigne pas son livre comme un essai, mais comme un roman puisque « c'est le roman de l'univers. Et il y a un seul romancier, c'est moi », dit le Vieux (p. 90).

La question initiale: « Un beau matin de juillet, sous un soleil qui tapait fort, je me suis demandé d'où nous venions, où nous allions et ce que nous faisions sur cette Terre » (p. 9).
Une grande partie du livre consiste en un dialogue entre le rêve du Vieux et le fil du labyrinthe comme Thésée.
Le rêve du Vieux: « Il n'y avait ni espace ni temps. Il y avait autre chose. Il n'y avait rien. Et le rien était tout » (p. 16). Et voilà le parcours est amorcé. Le big bang, la disparition des dinosaures, les idées des grands philosophes grecs, Socrate. Platon, Aristote, des scientifiques tels que Copernic, Newton, Darwin, Planck, Einstein, les artistes Virgile, Dante, Michel-Ange, Mozart, Beaudelaire, Proust.

La question de l'existence de Dieu est posée régulièrement: « Je ne sais si Dieu existe mais, depuis toujours, je l'espère avec force. De temps en temps, je l'avoue, le doute l'emporte sur l'espérance. Et, de temps en temps, l'espérance l'emporte sur le doute » (p.216). « Dieu existe-t-il? Dieu seul le sait » (p. 233). On se croit devant le pari de Pascal: « Il faut toujours penser comme si Dieu existait et toujours agir comme s'il n'existait pas » (p. 292).

Une recherche: « Ce livre m'a donné du bonheur, une espèce de confiance et de paix. Il m'a rendu l'espérance » (p.283).
Une affirmation au tout début : « Ce qu'il y avait de moins inutile sous le soleil, c'était de nous aimer les uns les autres » (p. 15), ravit notre assentiment. L'état d'admiration et d'action de grâce qui traverse l'ouvrage est stimulant: « J'ai eu de la chance. Je suis né. Je ne m'en plains pas. Je mourrai, naturellement. En attendant, je vis » (p. 19). Et ce qu'il y a de mieux dans ce monde, de plus beau, de plus excitant, ce sont les commencements. « L'enfance et les matins ont la splendeur des choses neuves » (p. 22).

En somme, « J'ai beaucoup aimé ce monde » (p.216). Et Jean d'Ormessson termine son parcours avec quatre états d'âme qui nous rejoignent grandement: l'admiration, la gaieté, la gratitude, tout est bien.

« Pour sa grande culture, la sincérité de sa recherche de sens, de notre humanité et de l'au-delà, merci M. Jean d'Ormesson » (Jeannine Deroy).

« Une lecture agréable qui ne peut que stimuler l'émerveillement et la foi » (Marthe Babin).

« Je l'ai lu deux fois. Le mystère, c'est notre lot. Il m'a amenée dans cette quête de sens. Lumineux, simplicité de vie, testament spirituel » (Gisèle Bourque).

Monique Dumais